SUR LES PHOTOGRAPHIES

Une poétique autour d'instants décisifs.

L’œuvre photographique que je développe, cherche à redéfinir un enthousiasme poétique sous un angle simple et minimaliste pour se rapprocher du merveilleux.
Cette œuvre est constituée d’instantanés de la vie quotidienne qui fonctionnent comme des révélations.
Deux thèmes prédominent : celui du café littéraire et celui en extérieur lié aux loisirs.

Dans le premier, la clientèle vient se poser pour se livrer à l’étude, à la recherche intellectuelle et dans cette architecture, trouve une tranquillité intérieure.
C’est pour moi comme si chacun livrait ici avec une certaine douceur sa présence au monde, puis faisait
la démonstration de sa propre prise en compte du temps et de l’espace.
Le photographe est aussi là pour saisir ce qui lui ressemble.
Je photographie celui ou celle qui est dans une attitude dans laquelle je peux me retrouver
"L'image de soi serait à la base contenue, et d'abord dans le regard de l'autre,avant de l'être dans le miroir".
J.Lacan

Dans le deuxième thème celui des loisirs, c’est avant tout la recherche d’un territoire qui occupe mon esprit. L’image de ce territoire doit figurer avec la vitesse que nécessite la perception précipitée de l’instantané
dans un cadrage précis qui s’impose aussi rapidement. Toute une composition se met en place qui n’exclut en aucune façon l’humain (enfants et adultes), les objets et évènements qui le font réagir.

La série réalisée au musée du Louvre, dans les Cours très éclairées Marly et Puget, montre que le vide peut se charger de façon positive grâce aux formes et aux rapports entre chaque sculpture, puis aux intéractions qui s’établissent entre les œuvres et les visiteurs, les pierres In situ s’animent, sont dérangées.
C’est cela que je veux restituer par la photographie.

EXPOSITION

Juin 2014: Exposition personnelle au Centre Culturel Français de Boston.
FUGUES EN ESPACES NEUTRES –

« Ne plus décrire la vie des gens, mais seulement la vie, la vie toute seule, ce qu’il y a entre les gens …L’espace, le son et les couleurs ». Jean-Luc Godard


Lorsque j’ai pris les photographies au café de Flore en 1995, je voulais trouver une identité en tant qu’artiste et mettre en forme quelque chose qui me dépassait: que chaque image photographique contienne les modalités du langage qui serait le mien et d’une oralité enfouie. Je me posais donc cette question lorsque je définissais le cadre de chacune des photographies:
«Est-ce que je pourrais être à la place du sujet qui attire mon attention, ses gestes pourraient-ils être les miens ? »

Il y avait chaque jour, dans ce lieu et pendant ces trois longs mois d’été parisien, le temps de la lecture, le temps de l’échange, un temps pour se nourrir et un temps pour écrire. Ces temps, précisément, je tenais à les arrêter.
J’ai beaucoup photographié puis dessiné dans l’espace du café un inconnu qui suivait quotidiennement le même rituel, lui comme moi dédiions ces moments à la recherche et au travail. C’était à ce moment de ma vie une nécessité d’être là parmi ces inconnus ayant des intentions communes.

Une seconde question qui venait à moi et qui reste présente aujourd’hui lorsque je prends des photographies est celle de savoir si un peintre impressionniste aussi lumineux que Manet pour ne mentionner que lui aurait pu peindre la scène que j’avais devant les yeux.

Ces deux questions je me les pose aussi depuis que je réalise des sculptures sur le compagnonnage humain à partir des Questions au gouvernement à l’Assemblée Nationale. Je retrouve dans cet hémicycle et grâce au procédé d’un arrêt sur image de nombreuses attitudes saisies au café de Flore, avec la dimension optionnelle du son, de la parole, celle qui fait écho.

C’est bien le sentiment fort de fuguer dans des espaces neutres, pour reprendre le titre de l’exposition d’aujourd’hui au Centre culturel français de Boston, que j’observe lorsque je pratique la photographie. On échappe avec et dans ces instantanés photographiques aux tensions du fil des jours et, plus personnellement, j’échappe à celles qui entourent les hommes et femmes politiques français que j’étudie pour la réalisation de mes sculptures.

L’idée de réaliser des tableaux photographiques perdure. La grandeur du tirage est assurément fixée par moi mais je pense que celle ou celui qui regarde peut aussi, par le jeu de «l’oeil et l’esprit» (titre de l’ouvrage de Merleau Ponty), l’accommoder selon la signification qu’il trouve à l’image.

La série réalisée au musée du Louvre s’est imposée à moi lorsque j’ai eu en ma possession un document photographique d’époque (son auteur est anonyme) de couleur sépia représentant deux enfants floutés courant à l’intérieur d’une basilique dont les murs en pierre sont recouverts de hauts-reliefs. Ce décor constitué d’un fond minéral où s’inscrit de la vie et du mouvement en personne, me fascine encore aujourd’hui.

Puis, il y a une seconde photographie en noir et blanc de Daniel Masclet (1892-1969) découverte en 2011 au Centre Georges Pompidou à Paris lors d’une retrospéctive. Sa légende est «Solitude». Composée d’un unique banc en pierre sur un trottoir, prise à distance, elle représente l’antithèse des photographies que j’ai réalisées au musée du Louvre et dans lesquelles le banc en marbre blanc est le témoin principal des scènes qui se jouent. Cette photographie dont la gravité éloquente me touche apparaît à ce moment précis pour clore mentalement ce chapitre: les portes des merveilleuses Cours Marly et Puget si souvent visitées peuvent se refermer. Elles se rouvriront certainement sous un autre éclairage, après le temps nécessaire à l’impulsion et au désir d’une autre séquence.

                       







ABOUT PHOTOGRAPHY

The photographic work I am developing seeks to redefine a poetic enthusiasm from a simple and minimalist point of view, and bring it close to the realm of wonderment.
This work consists in snapshots of daily life which serve as revelations.

The literary cafe, and the outdoors scenes of leisurely moments are the two predominant themes.
In the first theme, the clientele comes to engage in study, intellectual research, and find a kind of inner tranquility within this particular architecture.
I see it as if each human being gently surrendered his/her presence to the world and then demonstrated his/her own appropriation of space and time.
The photographer also aims by his presence at grasping what bears a resemblance with him.

In the second theme, that of leisure, my mind is above all in search of a territory which occupies it. The image of that territory must be represented with the rapidity necessary to the fast perception of the snapshot within a precise centering that occurs so rapidly. A whole composition appears which in no way excludes the human being (children and adults), the elements and events that drive his life.

The series exhibited at the Louvre in the abundantly lit
Cour Marly and Cour Puget, show that the void can be invested with meaning in a positive manner thanks to the shapes of each sculpture and the relation between each one of them, and also to the interactions which occur between the works and the visitors.
The stone move, they are disturbed.
The lightly ornamented white stone bench is a recurrent object in photographs, immobile, fastened to the ground, it is the witness of each tableau which is played in situ.
This is what I want to convey as a photographer.

EXHIBITION
June 2014 French Cultural Center- BOSTON

FUGUES IN NEUTRAL SPACES –
Photographs by Franck Sadock

“Not to write about people’s lives anymore, but only about life—life itself. What lies in between people: space, sound, and color.” Jean-Luc Godard

When I took the photographs at the Café de Flore in 1995, I wanted to find an identity as an artist and give shape to something that was beyond me: that each image contained a language that would be mine and a veiled spoken word. As I defined the frame of each photograph, I reflected upon this idea: “Could I be on the position of the subject that is drawing my attention, could his or her gestures be mine?”
Every day during those three long Parisian summer months there was a time for reading, for exchanging, a time to be nourished and a time to write. And I intended to stop these times.
At the café, I photographed considerably and then sketched an unknown person that followed the same daily ritual. He dedicated those moments to research and work, such as I did. At that point in my life I needed to be there among those strangers who shared their intentions.
A second question kept coming back to me, one that is still present today when I take photographs; knowing if an impressionist painter as luminous as Manet could have painted the scene I had in front of me.
I ask myself these two questions since I started to create sculptures about human companionship, based on the questions asked to the government at the National Assembly. In that auditorium, and thanks to the process of creating images, I find numerous attitudes that recall those captured at the Café de Flore, with the optional sound dimension, that of the word, which creates an echo.
Going back to the title of the exhibition at the French Cultural Center, I have the feeling of escaping in neutral spaces when I take photographs. With these photos, we break away from everyday tensions and, personally, I escape those that surround the French politicians that I study when I’m creating sculptures.
The idea of creating photographs carries on. The number of editions is set by myself, but I believe that the observer can also, by way of the “eye and mind” (Merleau Ponty’s essay), adapt to it according to the meaning he or she attributes to the image.
I felt the need to create the series taken at the Musée du Louvre when I had on my hands a sepia photograph of an anonymous author portraying two children running in the interior of a basilica decorated with high reliefs. That interior with a mineral background inscribed with life and movement still fascinates me.
There is a photograph by Daniel Masclet (1892-1969) entitled Solitude that I discovered at the Centre Georges Pompidou in Paris at the time of a retrospective exhibition of his work. Composed of a single stone bench, taken from the distance, it represents the antitheses of the photographs I have taken at the Louvre, in which the marble bench is the main witness of all the scenes that take place in that space. Masclet’s photograph, which eloquent solemnity moves me, is placed before me at that exact moment to mentally close a chapter: the doors of the magnificent Cours Marly and Puget so frequently visited now shut. They will certainly reopen under a different light, after the needed time, the impulse and desire of a different series of work.        
                     






                                                                                                               



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